Pourquoi le Samsung Galaxy S6 me donne (un peu) envie de pleurer

Samsung vient de nous faire le coup de la batterie inamovible avec son nouveau modèle. Sans vouloir faire l’écolo réactionnaire, je trouve que “what’s next” a un goût amer.

Je fais toujours plus confiance à mon dentiste qu’à Colgate, pour me dire tous les combien je dois changer de brosse à dent. Parce que je me doute que le second a tout intérêt à m’en voir acheter le plus régulièrement possible.

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En fait, d’une manière générale, je pense que ce n’est pas au vendeur d’expliquer au consommateur combien de temps est censé vivre tel ou tel produit. Parce que l’autoriser à le faire revient le plus souvent à « programmer l’obsolescence » du produit en question.

Cela m’amène très naturellement à quitter l’univers fascinant des brosses à dent pour évoquer le Samsung Galaxy S6. Et plus particulièrement la question de la batterie de ce nouveau modèle :

« Nouveauté, il n’est plus possible de retirer la batterie comme pour les précédentes versions, le fabricant ayant jugé que sa durée de vie était suffisamment importante pour que le consommateur n’ait pas besoin de la remplacer » (Le Monde, hier)

Splendide ! Samsung nous fait donc le coup de la batterie inamovible – suivant les traces de son illustre rival, Apple… Et enterrant par là même un “feature” qu’il glorifiait encore récemment dans ses pubs :

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Peut-être, après tout, devrais-je leur faire confiance. Peut-être qu’effectivement, la durée de vie de la batterie est telle que jamais je ne sentirai le besoin de la remplacer.

Mais permettez moi d’exprimer tout haut un doute, un seul. J’ai peur qu’entre l’entreprise qui a lancé 56 nouveaux modèles de smartphones en 2014 et moi, il y ait un petit point de divergence autour de la notion de « durée de vie » d’un téléphone.

On pourrait objecter ici que les consommateurs changent déjà de smartphone tous les 18 mois, et que Samsung ne fait que s’adapter à ce rythme un poil frénétique. Du coup, plof, et mon article et ma « colère saine » tomberaient à l’eau.

En fait, tout dépend de la manière dont on regarde ces 18 mois

On peut certes les considérer comme une simple statistique de consommateur, à partir de laquelle les constructeurs, les distributeurs et les publicitaires sont en droit de travailler (en essayant, soyons ambitieux, de la réduire de quelques mois encore pour augmenter leurs ventes).

Mais on peut aussi regarder ces 18 mois comme un « problème à régler ». C’est certes moins festif et rentable, mais finalement plutôt légitime. Car ce cycle de renouvellement hyper resserré a un impact absolument sidérant sur l’environnement.

On estime ainsi que sous l’effet de ce renouvellement, 15 000 000 de téléphones se retrouvent chaque année “séparés” de leurs propriétaires. Beaucoup croupiront en pure perte dans des placards (environ un tiers). Beaucoup, aussi, seront recyclés… Mais il ne faut pas oublier que recycler un produit électronique implique ensuite nécessairement de le produire à nouveau. Et c’est cette étape de production qui est la plus polluante dans le cycle de vie d’un smartphone (environ 80% de son empreinte carbone). Plus d’infos sur le sujet du gâchis électronique ici.

Il ne s’agit pas ici de ne jeter la pierre qu’aux constructeurs : les consommateurs sont bien sûr co-responsables de ce gâchis pharaonique. Mais ce qui est certain, c’est qu’en optant pour des batteries inamovibles, Samsung fige le problème, au lieu de contribuer à le résoudre.

C’est d’autant plus dommage que j’ai longtemps espéré, à la suite de sa publicité moquant les “Wall Huggers”, que le constructeur du Pays du Matin Calme capitalise franchement sur ses batteries interchangeables pour se distinguer d’Apple et développer de nouveaux leviers de business (reprise, vente de pièces détachées, réparation, etc.). Une telle posture aurait positionné Samsung comme un acteur majeur d’un progrès durable, fait de téléphones modulaires, aux pièces interchangeables, aisément actualisables. Bref, le concept des Phone Bloks, à l’échelle d’un géant de la tech.

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Mais il semble bien qu’avec son Galaxy S6, le constructeur coréen ait privilégié un progrès rentable à un progrès durable.

Tout ça me donne donc un peu envie de pleurer. Un peu comme quand je dois me séparer d’une fidèle brosse à dents après –* mois de bons et loyaux services. Bon, ceci dit, on pourra toujours se consoler en adoptant un Samsung Galaxy S6 reconditionné sur Back Market.

Vianney

* mon hygiène dentaire ne regarde que moi 😉

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