Comment mon amour pour Natasha St-Pier m’a permis de découvrir le MakerSpace le plus fou d’Afrique.

L’histoire commence à peu près comme beaucoup d’autres : j’écoutais des remix de Natasha St-Pier en mode « random » sur SoundCloud.

Quand soudain, en lieu et place de la rousse voix de ma cantatrice fétiche : BAM ! BAM ! BAM ; le bruit d’un frigo qu’on démantèle me perce les tympans. Il est 14h20 en ce mardi du mois de juillet, et j’écoute médusé pendant de longues secondes un marteau fracasser la paroi d’un réfrigérateur Whirpool (je suppose).

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C’est que j’avais atterri totalement par hasard sur ce qui allait vite devenir à mes yeux la playlist la plus mystérieuse et magnétique des Internets : The Sounds of Agbogbloshie. 

Une requête Google et quatre Did you mean vous transportent à Agbogbloshie :une immense décharge à ciel ouvert dédiée aux produits électriques et électroniques usagés, située au Sud Ouest d’Accra, la capitale du Ghana.

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La principale activité économique des 40 000 personnes qui y vivent et travaillent consiste à démanteler des carcasses de télévisions, d’ordinateurs et de smartphones pour y dénicher du cuivre et plein d’autres matières premières. C’est la raison pour laquelle Google Earth nomme l’endroit : « Digital Dumping Ground ». Les habitants d’Agbogbloshie, eux, ont affublé leur territoire d’un surnom un poil plus sombre : « Sodome et Gomorrhe ». Une référence biblique qui suffit à capturer l’essence infernale de leurs conditions de vie et de travail.

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Crédit photo : Kevin McElvany – pour voir toute la série, c’est ici.

Beaucoup d’articles, d’études, de docus, ont déjà été produits au sujet d’Agbogbloshie. Une médiatisation qui n’est pas allée d’ailleurs sans débats – principalement autour de l’insondable question de la provenance de ces déchets. D’où viennent-ils ? De la proche capitale Ghanéenne ou des lointains pays développés ?

Mais ce billet (déjà long comme la jambe gauche de Michael Jordan) n’a pas pour objectif ni d’alimenter ce débat, ni de vous parler uniquement de la misère d’Agbogbloshie. Parce que la mystérieuse playlist dont je vous parlais plus haut m’a fait découvrir un projet fou – et follement optimiste – qui s’y développe depuis quelques années.

Ce projet s’appelle AMP, pour Agbogbloshie Makerspace Platform.
Et c’est beaucoup mieux que le dernier Avengers.

Pour faire simple : AMP vise à transformer la décharge en un véritable makerspace. Ou comment industrialiser, rationaliser et rendre encore plus efficace toute l’économie de la bidouille et de la récupération du « Digital Dumping Ground » d’Accra.

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Une des missions d’AMP consiste à cartographier la décharge, ses ressources et ses “zones d’activités” afin d’en rationaliser le mode de fonctionnement.

L’ambition d’AMP dépasse les frontières d’Agbogbloshie : il s’agit plus généralement de développer des écosystèmes de makers sur tout le continent. En travaillant sur chaque étape de la chaîne de valeur : depuis la collecte de déchets à la revente, en passant par le recyclage, le prototypage, la production/réparation. Tout ça pour remettre in fine sur le marché des produits fonctionnels.

AMP fournit aux travailleurs d’Agbogbloshie des informations, des process, des outils, etc. qui leur permettent d’effectuer leur activité plus efficacement – et dans des conditions plus humaines.

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Le Spacecraft : le “MakerSpace” d’AMP. Pensé pour être super mobile.

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AMP a développé un prototype de four pour aider les travailleurs à mieux recycler le plastique des appareils électriques / électroniques.

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Un extrait du manuel consacré au recyclage du réfrigérateur Whirpool (entre autres) dont je vous parlais plus haut.

Vous pourrez en apprendre quinze fois plus sur ce fantastico projet en visitant leur site web. Mais si vous êtes plus mélomane que maker, voici deux liens pour écouter :

A tantôt !
Vianney

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